Vous l’avez certainement vu passer en long, en large et en travers à sa sortie. Il a gagné un bon paquet de prix (Nebula 2011, Hugo et British Fantasy en 2012), certains se sont lancé le challenge de lire tous les livres cités dans ce roman, et il ne laisse personne indifférent : on aime ou on déteste.

Aujourd’hui, on part à la découverte d’un journal intime d’une adolescente pas comme les autres.

On comprend rapidement que Mori avait une soeur jumelle, désormais disparue. Et qu’elle n’entretient pas une relation des plus saines avec sa mère, qui lui envoie des photos où elle a brûlé sa tête.

On pourrait dire que Morwenna (le livre, pas le personnage) est un excellent exemple d’un traitement de l’après-histoire. une forme de livre où le récit démarre après un événement marquant qu’il va tâcher de nous révéler au fur et à mesure de son déroulement… Mais ce n’est pas réellement ce qui intéresse Jo Walton dans son livre. Certes, on en apprendra plus au fur et à mesure des entrées du journal intime de Morwenna sur l’accident qui lui a coûté sa soeur, mais ce n’est pas l’élément central de ce livre.

Ecrire un journal intime d’adolescent réussi est toujours un exercice délicat. Il repose sur un équilibre subtil pour parvenir à garder un ton authentique, sans que le lecteur détecte les ficelles narratives. Morwenna en est un excellent exemple : on y lit simplement Mori qui se parle à elle-même. Et c’est une réussite si rare que j’ai envie d’applaudir bien fort.

Jo Walton ne tombe jamais dans les artifices qui brise le sentiment d’être en train de lire une vraie personne écrire dans son vrai journal.

Au travers de ses lignes, c’est un personnage complexe qui se révèle. Une adolescente secrète, qui garde ses distances même dans son journal et y traduit ses expériences, son obsession pour les romans qu’elle lit et ses difficultés à se comporter comme une adolescente « normale ». On y retrouve une certaine omniprésence de la sexualité et son questionnement souvent oubliée ou édulcorée dans ce genre de récit. J’ai un moment pensé que Mori pouvait s’identifier comme asexuelle d’ailleurs. Jo Walton en profite également pour y distiller des réflexions positives sur l’homosexualité ou le spectre du genre suffisamment subtilement pour que ce soit relativement discret.

Et surtout, bienvenu•e•s dans le réalisme magique, ce sous-genre de l’imaginaire où le fantastique reste inexpliqué et s’ajoute à un décor tout ce qu’il y a de plus contemporain (pour une merveilleuse introduction de ce genre, je vous conseille le grandiose Cirque des Rêves d’Erin Morgenstern)

J’en ai vu beaucoup taxer Morwenna de récit vide prétexte à dresser une liste de lecture. Et en effet, Morwenna paraîtra certainement sans aucune saveur aux personnes insensibles à ses intentions, ou dont les expériences ne coïncideront pas avec les espaces que Jo Walton laisse à ses lecteurs.

Si j’ai beaucoup aimé Morwenna, c’est pour l’interprétation tout à fait personnelle que j’en ai créée à partir de mes propres souvenirs d’enfance. Il est donc très compliqué de vous expliquer ce que j’ai aimé dans ce roman sans dévoiler des choses très personnelles que je n’ai pas envie de partager avec vous.

Permettez moi donc d’être la chevalière à votre rescousse en dressant le portrait du lecteur pour lequel, selon moi, ce roman est fait :

Pour ma part, je suis lentement tombée amoureuse de ce roman… Même si je dois avouer que la fin ne m’a pas convaincue. C’est le problème avec les récits tranche de vie qui n’ont pas de vrai enjeu. Difficile de trouver un événement suffisamment marquant pour justifier l’arrêt du journal.

La plume de Jo Walton a su me conquérir dès les premières pages. J’ai aimé les thèmes qu’elle y distille et son ouverture d’esprit qu’on lit entre les lignes. J‘ai hâte de la retrouver dans un autre roman – certainement Mes Vrais Enfants, paru récemment… Ou de me plonger dans l’une des nombreuses références littéraires citées dans Morwenna, comme Triton de Samuel Delany !

D’ailleurs, quel roman Morwenna vous a donné le plus envie de lire ?
D’autres idées de titres entrant dans le réalisme magique ?

 

Morwenna Phelps, qui préfère qu’on l’appelle Mori, est placée par son père dans l’école privée d’Arlinghust, où elle se remet du terrible accident qui l’a laissée handicapée et l’a privé à jamais de sa sœur jumelle, Morganna. Loin de son pays de Galles natal, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir des livres, notamment des livres de science-fiction. Samuel Delany, Roger Zelazny, James Tiptree Jr, Ursula K. Le Guin et Robert Silverberg peuplent ses journées, la passionnent. Alors qu’elle commence à reprendre du poil de la bête, elle reçoit une lettre de sa folle de mère : une photo sur laquelle Morganna est visible et sa silhouette à elle brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est sa mère ? Elle peut chercher dans les livres le courage de se battre.

417 pagesFolio SF

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Sita

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26 ans, rat de bibliothèques.
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