Ha, Le Royaume de Tobin et Lynn Flewelling !

Lorsque j’en ai parlé de les réseaux sociaux, j’ai vu un troupeau de fans de tous horizons apparaître et j’abordais donc cette lecture avec grand enthousiasme.
Après avoir laborieusement (indice) tourné la dernière page, j’en sors… Fort perplexe ? Si j’ai trouvé l’intention très intéressante, le traitement qu’en fait Lynn Flewelling a cristallisé trois problèmes qui ont tendance à agacer ma lectrice intérieure.

On en parle ?

Mais avant de discuter de cet ouvrage à proprement parler, un petit aparté sur sa traduction est nécessaire, puisque je bouillonais au bout d’un chapitre.

A mon sens, le travail d’un traducteur est avant tout de rendre disponible dans une autre langue la prose d’un•e auteur•ice en retranscrivant avec fidélité le style et le rythme de l’écriture. Il est parfois nécessaire d’adapter ou d’annoter le texte afin que certaines références obscures pour les non-natifs ne soient pas perdues, mais jamais au détriment de l’esprit de l’écriture de l’auteur•ice.
La traduction de Jean Sola (à qui on doit la traduction du Trône de Fer, également sujette à controverse) et ses phrases longues, aux tournures alambiquées complexifient le texte et ne respectent pas ce contrat pour moi. Sans parler de quelques tournures de français et ponctuaction mal placée qui m’ont écorché les yeux.

Exemples de traductions maladroites

C’est une problématique bien complexe et personnelle, et le but de cet article n’est pas de rédiger un essai à propos de ce qu’est une bonne ou une mauvaise traduction, mais pour ma part, j’ai préféré jeter l’éponge au bout de 40 pages et repasser à la prose directe de Lynn Flewelling.

Bon, et le texte à proprement parler ?

Le Royaume de Tobin nous conte l’histoire d’un royaume vivant sous l’égide d’une ancienne prophétie clamant qu’il pourra prospérer tant qu’une reine guerrière sera à sa tête. Malheureusement, un usurpateur en a pris sa tête et assassine toutes les héritières pouvant prétendre au trône. Afin de rendre au royaume une héritière légitime, une sorcière transforme une petite fille en garçon au prix de la vie de son frère jumeau jusqu’à ce qu’elle puisse plus tard revendiquer le trône qui est le sien.

Mystère, fantôme, sorcellerie, identité de genre, une place de choix pour les femmes dans une fantasy dominée par les hommes... Le Royaume de Tobin avait initialement tout pour me plaire. MAIS ! Qu'est-ce que c'était long...

C’est un problème que l’on retrouve dans grand nombre de trilogie et qui m’agace de plus en plus : ce premier tome n’a pas d’enjeu et est une longue exposition de ce qui servira certainement aux tomes à venir. On ne peut pas en dégager une histoire propre. On a la sensation de lire une lente introduction, coupée dans son élan final. Pas beaucoup mieux qu’un bon vieux cliffhanger des familles, une méthode simpliste d’ailleurs de plus en plus employée dans les séries.

Pour de bons exemples de séries "correctement" découpées, voir : Martyrs (Olivier Peru), A la Croisée des Mondes (Philip Pullman), Le Protectorat de l'Ombrelle (Gail Carriger)...

Pourtant, je n’ai rien contre les expositions longues, mais seulement si elles sont bien faites… Et c’est là que vient le deuxième soucis.
Je vous parlais du Show don’t tell récemment dans une vidéo (et Jean-Sébastien Guillermou l’explique excellemment avec des exemples concrets d’écriture), un précepte d’écriture auquel je suis de plus en plus sensible dernièrement…

Et avec Tobin, on n’y est pas du tout !

Les premiers chapitres illustrent bien ce problème. Tobin n’apparaîtra pas avant une centaine de pages, on rencontre avant des personnages qui nous exposent des contextes et des enjeux décrits comme capitaux, mais auxquels on a du mal à croire lorsqu’on ne connaît ni le monde, ni ses personnages. L’histoire est ensuite racontée chronologiquement, on voit naître et grandir Tobin, permettant d’étoffer le personnage, sans vraiment détecter d’axe narratif. Le lecteur attend évidemment le moment où Tobin apprendra sa véritable identité, mais l’événement tarde à venir et nous laisse sur notre faim !

Quant à l’identité de genre conflituelle de Tobin ? Lynn Flewelling la contourne purement et simplement dans ce tome où Tobin n’a pas conscience de sa vraie nature et que tout le monde la•e traite comme un petit garçon. C’est donc difficile de juger le traitement que l’autrice réserve à cet aspect de son histoire avec ce tome, mais je ne peux m’empêcher d’en être d’avance perplexe quand ces éléments sont complètement absents dans un tiers de son oeuvre. (Si Tobin se révèle finalement être un homme trans, on en fait quoi hein, prophétie ?)

Tous ces défauts assombrissent Le Royaume de Tobin et c'est dommage, car l'intention initiale était prometteuse et intéressante. Les personnages de Lynn Flewelling sont attendrissants, complexes et bien dessinés, le royaume, bien que classique pour de la fantasy, est correctement sculpté. Mais ça ne rattrape pas les faiblesses de son écriture pour moi. Bref : pas sûre de continuer.

Et vous, plutôt team abandon ou team convaincu ?

 

Selon une ancienne prophétie, le royaume de Skala connaîtra la paix et la prospérité aussi longtemps qu’une Reine guerrière en occupera le trône. Mais l’usurpateur compte bien y mettre un terme, en éliminant toutes les prétendantes à la couronne. Pour protéger Tobin, l’ultime héritière d’une longue lignée de souveraines, une sorcière use d’une magie ancienne et interdite pour la transformer en garçon… Mais à quel coût !

704 pages– J’ai Lu
(l’acheter sur la fnac)

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Sita

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26 ans, rat de bibliothèques.
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