C’est d’abord le trait qui frappe : mise en page francobelge classique dans lequel on perçoit quelques petites notes de manga dans la mise en scène des mouvements, l’importance de l’expressivité et la part belle aux cadrages sur les visages des personnages. Carole Maurel retranscrit le ressenti et la détresse de ses personnages avec une grande dextérité, sans grand besoin de dialogue.

Sa mise en couleurs n’a également pas à rougir : teintes chaudes peu saturées qui créent un rendu très froid, tirant sur le jaune maronnâtre, instaurant une ambiance malaisante, propre à l’apocalypse. Le schéma de couleurs parle à notre oeil habitué des films catastrophes, on pense à la patine de la plupart des films dramatiques mettant en scène la fin du monde.

Automne : la fin du monde est annoncée pour l’an prochain.

Pendant cette année, le lecteur va être témoin de la chute de l’humanité : certains se voilent la face et cherchent à maintenir l’ordre établi pour éviter de se confronter à la dure réalité, d’autres ont enfin reçu le coup de pied qui leur ordonne de vivre leurs rêves pour mourir sans regrets.

Les vols et les violences sont de mise dans ce climat d’impunité, mais le lecteur omniscient sait que chacun devra vivre avec la conséquence de ses actes, et le malaise commence

Et puis au milieu de tout ça : Magda. Magda qui a 12 ans, pense qu’elle mourra à 13 ans sans avoir jamais rien connu de la vie. Magda qui est en colère contre son père, sa mère, le monde entier et surtout l’injustice d’avoir si peu de temps pour tout expérimenter.

L’innocence se heurte à tout ce que la nature humaine a de pire : égoïsme, double standard, et surtout violence. On voudrait parfois oublier l’âge de l’héroïne, mais le récit ne manque pas de nous rappeler régulièrement à l’ordre pour ne rien nous épargner. Premières règles, première cuites, première expérience sexuelle, on voit Magda plonger à son tour, toujours plus profondément, jusqu’à la scène finale.

Surenchère ? Vraiment pas. Le récit repose sur ses personnages excellemment façonnés et terriblement humains, dans ce qu’ils peuvent être de pire. Les situations sont bien amenées, on passe de scènes intenses à des moments plus contemplatifs et mélancoliques, et surtout, on dévore les presque 200 pages qui forment ce récit.

TLDR: L’Apocalypse selon Magda est une BD coup de poing qu’on referme comme ça :

Alors, vous vous y mettez quand ?

 

L’apocalypse annoncée il y a un an n’aura finalement pas lieu ! Tandis que l’humanité tout entière célèbre la nouvelle, Magda, 14 ans, est dévastée. Pourquoi ? Pour le comprendre, il faut revenir en arrière, à ce jour où Magda décide qu’elle mourra sans regrets. D’amours maladroites en paradis artificiels, sous le compte à rebours des saisons, la jeune fille se découvre à elle-même, dans un monde d’adultes dépassés par les événements.

191 pagesDelcourt
Je participe au rendez-vous « La BD de la semaine ». Vous pouvez retrouver d’autres chroniques de bandes dessinées sur le blog de Mo’.

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Sita

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26 ans, rat de bibliothèques.
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