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C’est l’histoire d’une illustratrice et d’un développeur qui créent un jeu mobile. Le jeu connaît son petit succès, ils décident de se lancer dans l’aventure du jeu vidéo en créant une startup avec deux collaborateurs français. L’occasion pour eux de réaliser leur rêve : partir à la conquête de la Silicon Valley en déménageant à San Francisco, tandis que leurs associés résident respectivement au Brésil et à Paris.

Sauf que tout ne se passe pas comme convenu : remboursements qui tardent à venir, horaires insoutenables, mensonges, coups bas… De galère en galère, la vie du couple va devenir de plus en plus ingérable, jusqu’à ce qu’ils comprennent qu’ils sont coincés dans une situation où ils ne maîtrisent plus rien.
Heureusement que les personnages et les situations de ce récit sont purement fictifs.

…Ou pas.

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Laurel est une auteur de BD passée relativement inaperçue en librairie pour ceux qui ne fréquentent pas les rayons jeunesse, mais dont le nom ne vous est pas inconnu si vous étiez friands des blogs bds à leur apogée il y a quelques années. Bien connue pour son blog Un Crayon dans le Coeur (qui n’a pas échappé à sa publication papier comme tous ses congénères) dans lequel elle racontait sa vie quotidienne, Laurel a commencé à publier des planches « purement fictives » il y a deux ans pour raconter l’aventure d’un couple dans la création d’une startup.

Sous quelques pseudonymes bien choisis – le CEO s’appelle Joffrey -, on reconnaît sans peine Laurel, sa fille et son compagnon et leur expérience dans la startup Pixowl, et on voît s’enchaîner les galères avec horreur.

Qui a l’habitude de lire un blog bd retrouvera une narration plutôt simple et fluide, très directe et basée sur l’émotion. On va à l’efficacité. Le ton est fortement imbibée d’un certain manichéisme : quand les collaborateurs sont dépeints comme manipulateurs, profiteurs voire carrément incompétents (bref, des raclûres), Laurel et son compagnon sont des petits agneaux gentils et naïfs sur qui le sort s’acharne alors qu’ils n’ont rien demandé. C’est évidemment lié à l’unitéralité du point de vue, et peut être un peu pénible lorsqu’on voit les coups fourrés arriver bien à l’avance (attention de ne pas rentrer dans le victim blaming ;)), mais ne m’a pas nécessairement dérangée.

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Côté graphique, on peut être perplexe à l’ouverture : intégralement en noir et blanc, format répétitif et limitant de 4 cases par planche, et trait cartoonesque rond, pas forcément ma tasse de thé mais plus proche du trait auquel le lecteur lambda de francobelge amateur de Peyo est habitué. C’est sans compter sur l’encrage de Laurel qui a toujours été sa grande force, et ses cadrages et sa maîtrise des contrastes qu’on voit évoluer au fur et à mesure des 260 pages du récit. Personnellement, j’aime beaucoup.

Le format de publication ayant évolué d’une poignée de pages toutes les semaines à une publication d’une planche par jour, on voit le rythme changer petit à petit pour introduire plus de suspense entre chaque planche, tout en gardant une cohérence globale afin que cela soit quasi imperceptible une fois le tout réuni dans ce recueil. Un excellent travail tout en nuance dans la conception du storyboard.

Et c’est là toute la magie du webcomic : la publication s’étalant dans le temps, on vit à ses côtés. On a l’occasion de constater l’évolution du trait et de la narration, tout bêtement parce qu’on prend plus le temps de s’attarder sur chaque planche (bim, dans tes dents détracteur du « la bd ça se consomme trop vite »).
Et tout amateur de série, qu’elle soit dessinée, écrite, ou télévisée vous le dira : suivre une oeuvre dans la durée ne vient pas sans une certaine forme d’attachement, et je serai fort triste le jour où la dernière page sera atteinte et que je n’aurai plus ma petite dose quotidienne chaque matin.

Certes, Comme Convenu n’a pas l’envergure d’une oeuvre majeure artistique et n’en a certainement pas la prétention : la narration et le trait vont à l’efficacité, et c’est un témoignage important et édifiant sur les travers du milieu des start ups. Bref, un feuilleton plus que plaisant à suivre.

Alors oui, Comme Convenu est né sur internet sous forme de webcomic, mais a ensuite été autopublié au travers d’une campagne de financement participatif au succès grandiloquent – on parle d’un objectif rempli à 2860% ! – dans un recueil qui rassemble la première moitié de son histoire.
Pour ceux qui auraient loupé la campagne, pas de panique ! L’intégralité des planches reste toujours disponible gratuitement sur son site, et une nouvelle planche paraît chaque jour sur son blog et sur twitter. C’est d’ailleurs le moment idéal pour rejoindre la barque puisque l’histoire touche à sa fin et est en train de se mordre la queue puisqu’on vient tout juste de dépasser le moment où Laurel commence à publier sa bande dessinée, et les impacts que ça a eut dans l’entreprise.

Enfin, pour les nouveaux lecteurs qui souhaiteraient remplir leur bibliothèque virtuelle, le premier tome est disponible en format numérique sur la boutique de Laurel. Pour la version papier, la campagne Ulule concernant l’impression de la seconde moitié du diptyque vient tout juste de se lancer (et est déjà intégralement financée), avec la possibilité de se procurer la première moitié. C’est l’occasion se soutenir le travail d’une autrice avec un minimum d’intermédiaire et de la remercier de mettre ses planches à disposition gratuitement.
Mais c’est surtout l’occasion de rémunérer une profession dont il est très difficile de vivre correctement dans son financement historique. Pour vous renseigner sur ce sujet, je ne peux que vous encourager à lire l’article de Maliki à propos de son choix d’être financée par le mécénat.

En tout cas, mes petits sous sont déjà dans la campagne !

Vous ai-je convaincu à sortir les vôtres, ou à jeter un coup d’oeil au webcomic ?

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Après avoir développé un jeu pour mobile qui a eu son franc succès, « Gourmand Caterpillar », Laurel et Adrien décident de se lancer pour de bon dans l’aventure en co-fondant une start-up de jeux vidéo avec Joffrey et Luc, avant de partir à l’assaut de la Silicon Valley. Mais tout ne va pas se passer comme prévu. Mésententes, manipulations, conditions de travail précaires, horaires insoutenables et vie familiale qui en pâtit, Comme Convenu raconte les désillusions et la lente descente aux enfers d’un couple de développeur et illustratrice expatriés à San Francisco.

264 pages
 

 

Je participe au rendez-vous « La BD de la semaine ». Vous pouvez retrouver d’autres chroniques de bandes dessinées sur le blog de Noukette.

Comme Convenu • Laurel
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15 pesnées sur “Comme Convenu • Laurel

  • 08/03/2017 à 09:29
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    J’adore ce webcomics, c’est trop prenant ! Et tellement rageant parfois !
    Concernant le manichéisme, j’ai envie de dire d’expérience que parfois c’est franchement aussi tranché (souvenirs de mon premier taff…).
    Pour le prix de la BD, c’est délicat comme sujet. C’est cher, oui, quand on a un faible salaire on peut difficilement s’en offrir régulièrement. Mais, ça vaut son prix, c’est indéniable, surtout quand on connait la pauvreté qui touche le milieu :(
    D’une manière générale, la question de la rémunération des auteurs est complexe et malheureusement traité par dessus la jambes par nos très chers élus :-/

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    • 08/03/2017 à 18:56
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      C’est clair, surtout en ce moment, je bondis de stupeur à chaque planche !
      Clairement je ne critique pas le manichéisme, c’était plus pour adresser les reproches réguliers que Laurel se prend dans la tête à propos de la bêtise de certaines décisions d’Adrien et elle… A leur place, je ne pense pas que j’aurais agi avec moins de confiance et de naïveté, et je trouve ça simplement bancal de critiquer les actions d’une BD, surtout lorsqu’ils sont inspirés de faits réels.

      Pour le prix de la BD, je suis d’accord que ça a un coût, mais les romans grands formats également, et pourtant beaucoup auront moins de scrupule à s’en payer un plutôt qu’une BD. Sous-prétexte que tu vas passer plus de temps à le lire ? Oui mais les auteurs des deux formats auront certainement tous les deux passé une année à travailler dessus, et de toute façon la majeure partie du prix dans les deux cas revient aux intermédiaires et couvre la matière première…
      Donc on est d’accord que dans les deux cas, les livres valent leur prix, mais la BD a cette réputation de vilain petit canard dans laquelle personne ne veut mettre d’argent donc ça me tient à coeur de le mettre en lumière dès que je le peux :)

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      • 09/03/2017 à 12:29
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        Ha mais c’est très vrai pour les grand format ! à parfois 25€ le livre, je fais souvent l’impasse. Je ne l’avais pas évoqué parce que je pense et j’achète souvent poche, my bad :) Ceux-ci constituent d’ailleurs 80/90% de ma bibliothèque. Du coup je passe beaucoup plus par l’occaz maintenant.

        Ce que je regrette un peu c’est qu’il n’y ai pas plus souvent d’équivalent poche pour la BD, par forcément en terme de format, mais disons d’édition petit budget quand le temps à passé. J’ai par exemple l’intégrale de La Caste des Méta barons regroupé en 3 tomes souples (3 bd par volume) et dans un format légèrement inférieur à celui d’origine. Mais c’est assez rare ce type d’édition.
        Ce que je comprend totalement dans la majorité des cas puisqu’il faut un certain volume de vente pas toujours évident à atteindre pour pouvoir se permettre ce type de réédition en étant rentable.

        Ha je lis rarement les commentaires de Comme convenus. C’est un peu stupide de leur reprocher leur naïveté -_- Quand on est dedans et qu’on a pas le recul nécessaire et/ou l’experience, c’est tellement facile de se faire avoir par des Geoffrey.. :-/

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        • 09/03/2017 à 12:56
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          Oui et c’est justement un peu la vocation du témoignage, d’avertir à propos de certaines dérives (en plus du but premier de se décharger, j’imagine ^^)

          J’essaye d’acheter en grand format à leur sortie les livres que je suis sûre d’aimer lorsque je le peux parce que c’est ce qui fait marcher le business et permet l’impression poche plus tard, mais c’est clair que c’est un budget…
          Tout à fait d’accord pour le format de la BD ! J’ai vu quelques éditions floppy de Skydoll comme des comics VO qui étaient beaucoup moins chers (et perso je préfère largement ce format, j’aime bien quand c’est souple, plus simple à lire), mais ça ne se démocratise pas des masses… On en est plus à éditer des versions immenses cartonnées collector comme Le Château des Etoiles qu’à réfléchir à des éditions plus abordables XD

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          • 09/03/2017 à 13:18
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            J’essaye aussi pour certain grand format, mais vu que le budget s’est drastiquement réduit ces derniers temps ^^
            Mais oui, c’est cool les éditions souples, surtout que ça prend vachement moins de place dans la bibliothèque, du coup, on peut en mettre beaucoup plus !! \o/ :D

          • 09/03/2017 à 16:19
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            Hahaha meilleur argument XD (je m’auto-réponds parce que wordpress trouve qu’il y a déjà suffisamment d’arborescence :p)

  • 08/03/2017 à 11:29
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    Pas trop convaincue mais ce n’est pas de ta faute ;)
    L’histoire ne m’enchante pas..

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  • 08/03/2017 à 16:05
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    A première vue j’aurais tendance à dire que le graphisme n’est pas ma tasse de thé non plus… Disons que je ne déborde pas d’enthousiasme pour l’instant ;-)

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    • 08/03/2017 à 18:58
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      Ceci dit l’appréciation du graphisme est souvent paradoxalement parfois secondaire dans une BD quand la narration est bonne, alors sait-on jamais ;)

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  • 08/03/2017 à 16:59
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    Comme je suis le travail et le blog de Laurel depuis plusieurs années, je ne suis pas passée à côté de son webcomic et j’ai bien évidemment participé à ses campagnes de crowfunding. Effectivement, les planches sont calibrées mais on ne retient que l’histoire tant elle est bien narrée et illustrée.

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    • 08/03/2017 à 18:59
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      Héhé, si j’avais mon exemplaire sous la main j’irais vérifier si je trouve ton pseudo dans le premier volume ;)
      Personnellement je n’ai rien contre les mises en page fixe, au contraire, j’admire toujours le challenge que l’auteur s’impose !

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  • 09/03/2017 à 14:32
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    Le sujet ne m’attire pas beaucoup mais j’ai lu plusieurs BD jeunesse de Laurel et j’aime bien son trait « old school » (à la Peyo comme tu dis).

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